Nombre d'adolescents ont étudié (et étudient encore) le Grand Meaulnes en fin de collège. À 80 ans, Hugues Aufray n'échappe pas à la
règle : « J'ai lu le roman à 14 ans, en pleine adolescence ». Le rêve du Grand Meaulnes, ce personnage, sa vie, ne sont pas que pure fiction à ses yeux. « Dans mon cas, je l'ai un peu vécu. À ma façon? »
Et en découvrant pour la première fois le village d'Épineuil-le-Fleuriel, à 3 km de Vallon-en-Sully, la semaine dernière, et la maison où a
vécu le jeune Alain Fournier, Hugues Aufray s'est retrouvé face à ses propres souvenirs? Il était là pour le tournage d'un clip annonçant un docu-fiction réalisé actuellement dans la commune
d'Alain Fournier.
« Je suis le troisième fils de mes parents, Henry Aufray et Amielle de Caubios d'Andiran. Originaires du Sud-ouest, on s'est expatriés
de Paris, en 1939, à Saint-Jean-de-Luz. Avec l'arrivée des Allemands, on a fui la Zone occupée pour rejoindre un bourg du Tarn, Sorèze, où l'on a découvert un collège magnifique. Hors du
temps ».
Cette photo d’Alain-Fournier, sans doute l'une des plus
connues,
a été prise en septembre 1905 à la Chapelle d'Angillon .
Alain-Fournier a alors près de 19 ans.
Scolarisé avec ses frères, « Aufray 3 » comme on le surnommait, pratique ici le cheval et l'escrime. Apprend le grec et le latin.
« Comme dans le Grand Meaulnes, il y avait de belles maisons et d'autres plus modestes, de paysans. Il y avait l'école communale? C'est à ce moment-là que j'ai lu le roman ».
L'adolescent grandit sous la protection de son aîné, Jean-Paul, et surtout de Francesco, dit « Caco », « exceptionnel et doté d'un très beau physique ». Né quinze mois avant
lui, il éduque Hugues. Le protège. « Il avait une puissance éducative qu'on retrouve chez Seurel et Meaulnes ». Au fur et à mesure, ce frère comble le vide laissé par leur père, parti
juste avant la guerre, rejoindre en Espagne la femme pour laquelle il a divorcé.
Toujours surprenante, la vie place sur la route de la famille Aufray la soeur d'Alain Fournier, Isabelle : « Elle habitait à Dourgne, à
côté de Sorèze. Mes souvenirs sont assez flous, je ne sais plus pourquoi on est allé visiter Isabelle Fournier? On a appris qu'elle avait été contactée par un metteur en scène de Paris. Carnet
certainement. En voyant mon frère, âgé de 13 ou 14 ans, Isabelle a trouvé qu'il avait tout à fait le physique pour incarner le personnage du Grand Meaulnes. Mais la chose ne s'est pas
faite ».
La guerre finie, la famille repart à Paris, où elle fait la connaissance de l'acteur Alain Cuny (Les visiteurs du soir). « C'était un homme
extraordinaire physiquement, très grand, très beau. Il s'est pris de passion pour notre famille et a dit à mon frère Francesco qu'il fallait qu'il fasse du cinéma, du théâtre ». Mais la
vie de ce frère chéri, à l'allure et au caractère romantiques, s'arrête tragiquement : « Il a décidé de quitter la vie à 26 ans, sur un chagrin d'amour ».
Et pour Hugues, ce deuil marque le début d'une histoire personnelle. Dislexique, écrivant de droite à gauche et bégayant (« C'est le cheval
qui m'a guéri »), il se lance dans la chanson. Alors même qu'il se destinait, au départ, à « un métier de silence : la peinture ou la sculpture ».
Il se produit dans les cabarets pendant dix ans, découvre Félix Leclerc, chante du Brassens. Au début des années soixante, Maurice Chevalier
l'embauche pour un concours de bienfaisance. Ensemble, ils s'envolent pour New-York. Il y fait la connaissance d'un certain? Bob Dylan, inconnu à l'époque.
Au retour, Hugues Aufray est prêt à larguer les amarres avec sa femme et ses enfants pour l'Amérique. Mais un contrat le retient à Paris. 1961
sonne comme le début du succès avec Santiano. Avant de devenir celui qu'on connaît aujourd'hui et qui ne semble pas prêt de s'arrêter !
Source
Gaëlle Chazal gaelle.chazal@centrefrance.com
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